Discussion:
To be or not to be...
(too old to reply)
Marcus K
2014-03-10 12:29:58 UTC
Permalink
Raw Message
14 traducteurs à travers les âges


To be or not to be, that is the question
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them?


Demeure, il faut choisir et passer à l'instant
De la vie à la mort, ou de l'être au néant.
Dieux cruels ! s'il en est, éclairez mon courage.
Faut-il vieillir courbé sous la main qui m'outrage,
Supporter ou finir mon malheur et mon sort ?

Voltaire, 1734


Etre ou ne pas être ? C'est là la question... S'il est plus noble à l'âme de souffrir les traits poignants de l'injuste fortune, ou se révoltant contre cette multitude de maux, de s'opposer au torrent et les finir ?

Pierre Le Tourneur (1776-1782)


Etre ou n'être pas, voilà la question !
Que faut-il admirer ? La résignation,
Acceptant à genoux la fortune outrageuse,
Ou la force luttant sur la mer orageuse,
Et demandant le calme aux tempêtes ?

Alexandre Dumas et Paul Meurice, 1847



Etre ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleur et à l'arrêter par une révolte ?

François-Victor Hugo, 1859


Etre ou ne plus être; c'est bien la question : décider s'il est plus noble pour l'esprit de supporter les coups et les traits du destin furieux, ou de prendre les armes contre un océan d'inquiétudes et d'accepter le combat pour en venir à bout.

Jacques Copeau et Suzanne Bing, 1915


Etre ou bien n'être pas, voilà la question.
Est-il plus noble en notre for de supporter
Les traits dont nous meurtrit l'outrageuse Fortune,
Ou bien de s'insurger contre une mer d'ennuis
De lutter et d'en triompher ?

Jules Derocquigny, 1924


Etre ou ne pas être : telle est la question. Y a-t-il pour l'âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d'une injurieuse fortune, ou à s'armer contre elle pour mettre fin à une marée de douleur ?

André Gide, 1946


Etre, ou n'être pas, c'est ça la question; est-il plus noble de subir passivement les coups et les traits de l'outrageuse fortune, ou de prendre les armes contre un océan d'ennui, pour en triompher par la lutte ?

Marcel Pagnol, 1950


Etre ou n'être pas. C'est la question.
Est-il plus noble pour une âme de souffrir
Les flèches et les coups d'un sort atroce
Ou de s'armer contre le flot qui monte
Et de lui faire front, et de l'arrêter ?

Yves Bonnefoy, 1957


Etre ou n'être pas, voilà la question. Savoir s'il est plus noble de souffrir en son âme les flèches et les coups de la Fortune hostile, ou bien de s'insurger contre un océan d'ennuis et d'y mettre fin par la révolte ?

Maurice Castelain, 1977


Etre ou ne pas être, telle est la question :
Est-il plus noble pour l'esprit de souffrir
Les coups et les flèches d'une injurieuse fortune,
Ou de prendre les armes contre une mer de tourments,
Et, en les affrontant, y mettre fin ?

Jean-Michel Déprats, 1983


Etre, ou bien n'être pas : c'est le problème.
Est-il plus noble en esprit de souffrir
Les flèches et les frondes d'un destin
Qui nous outrage, ou de prendre les armes
Contre la mer immense des malheurs
Pour en finir d'un coup, en combattant ?

Jean Malaplate, 1991


Etre ou bien ne pas être; c'est cela la question :
Savoir s'il est plus noble pour l'esprit d'endurer
Les coups de fronde, les flèches de l'outrageuse fortune
Ou de prendre les armes contre une mer d'épreuves
Et, s'y opposant, les finir.

Michel Grivelet, 1995


Etre
ou ne pas être, la question est là :
L'esprit est-il plus noble quand il souffre
Le fouet d'une fortune avilissante
Ou quand il s'arme contre un flot de troubles,
Se dresse et leur met fin ?

André Markowicz, 1996
Sh.Mandrake
2014-03-13 16:17:01 UTC
Permalink
Raw Message
Le 10/03/2014 13:29, Marcus K a écrit :
[...]

Merci pour ce florilège, qui montre une fois de plus
qu'il y a autant de traductions que de traducteurs.
Ma préférence va à celle d'Hugo.
Mais certaines des autres sont intéressantes.
--
Hakuna matata,

Le Magicien
Traddict
2014-03-13 18:03:30 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Marcus K
14 traducteurs à travers les âges
To be or not to be, that is the question
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them?
Demeure, il faut choisir et passer à l'instant
De la vie à la mort, ou de l'être au néant.
Dieux cruels ! s'il en est, éclairez mon courage.
Faut-il vieillir courbé sous la main qui m'outrage,
Supporter ou finir mon malheur et mon sort ?
Voltaire, 1734
Etre ou ne pas être ? C'est là la question... S'il est plus noble à l'âme
de souffrir les traits poignants de l'injuste fortune, ou se révoltant
contre cette multitude de maux, de s'opposer au torrent et les finir ?
Pierre Le Tourneur (1776-1782)
Etre ou n'être pas, voilà la question !
Que faut-il admirer ? La résignation,
Acceptant à genoux la fortune outrageuse,
Ou la force luttant sur la mer orageuse,
Et demandant le calme aux tempêtes ?
Alexandre Dumas et Paul Meurice, 1847
Etre ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme
à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à
s'armer contre une mer de douleur et à l'arrêter par une révolte ?
François-Victor Hugo, 1859
Etre ou ne plus être; c'est bien la question : décider s'il est plus noble
pour l'esprit de supporter les coups et les traits du destin furieux, ou
de prendre les armes contre un océan d'inquiétudes et d'accepter le combat
pour en venir à bout.
Jacques Copeau et Suzanne Bing, 1915
Etre ou bien n'être pas, voilà la question.
Est-il plus noble en notre for de supporter
Les traits dont nous meurtrit l'outrageuse Fortune,
Ou bien de s'insurger contre une mer d'ennuis
De lutter et d'en triompher ?
Jules Derocquigny, 1924
Etre ou ne pas être : telle est la question. Y a-t-il pour l'âme plus de
noblesse à endurer les coups et les revers d'une injurieuse fortune, ou à
s'armer contre elle pour mettre fin à une marée de douleur ?
André Gide, 1946
Etre, ou n'être pas, c'est ça la question; est-il plus noble de subir
passivement les coups et les traits de l'outrageuse fortune, ou de prendre
les armes contre un océan d'ennui, pour en triompher par la lutte ?
Marcel Pagnol, 1950
Etre ou n'être pas. C'est la question.
Est-il plus noble pour une âme de souffrir
Les flèches et les coups d'un sort atroce
Ou de s'armer contre le flot qui monte
Et de lui faire front, et de l'arrêter ?
Yves Bonnefoy, 1957
Etre ou n'être pas, voilà la question. Savoir s'il est plus noble de
souffrir en son âme les flèches et les coups de la Fortune hostile, ou
bien de s'insurger contre un océan d'ennuis et d'y mettre fin par la
révolte ?
Maurice Castelain, 1977
Est-il plus noble pour l'esprit de souffrir
Les coups et les flèches d'une injurieuse fortune,
Ou de prendre les armes contre une mer de tourments,
Et, en les affrontant, y mettre fin ?
Jean-Michel Déprats, 1983
Etre, ou bien n'être pas : c'est le problème.
Est-il plus noble en esprit de souffrir
Les flèches et les frondes d'un destin
Qui nous outrage, ou de prendre les armes
Contre la mer immense des malheurs
Pour en finir d'un coup, en combattant ?
Jean Malaplate, 1991
Savoir s'il est plus noble pour l'esprit d'endurer
Les coups de fronde, les flèches de l'outrageuse fortune
Ou de prendre les armes contre une mer d'épreuves
Et, s'y opposant, les finir.
Michel Grivelet, 1995
Etre
L'esprit est-il plus noble quand il souffre
Le fouet d'une fortune avilissante
Ou quand il s'arme contre un flot de troubles,
Se dresse et leur met fin ?
André Markowicz, 1996
La traduction la plus curieuse est de loin celle de Voltaire, puisqu'il
interprète apparemment "not to be" comme signifiant "cesser d'être" et donc
"se donner la mort" ("finir mon malheur et mon sort") pour mettre fin aux
avanies de l'existence plutôt que de se rebeller contre elles, à rebours de
toutes les autres traductions citées ici et de la compréhension "intuitive"
de ces vers de Shakespeare. Se pourrait-il que l'écrivain ait commis un
contresens (on n'ose y croire), ou a-t-il délibérément entièrement réécrit
ce passage ?
Lanarcam
2014-03-13 19:50:42 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Traddict
Post by Marcus K
14 traducteurs à travers les âges
To be or not to be, that is the question
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them?
Demeure, il faut choisir et passer à l'instant
De la vie à la mort, ou de l'être au néant.
Dieux cruels ! s'il en est, éclairez mon courage.
Faut-il vieillir courbé sous la main qui m'outrage,
Supporter ou finir mon malheur et mon sort ?
Voltaire, 1734
La traduction la plus curieuse est de loin celle de Voltaire, puisqu'il
interprète apparemment "not to be" comme signifiant "cesser d'être" et
donc "se donner la mort" ("finir mon malheur et mon sort") pour mettre
fin aux avanies de l'existence plutôt que de se rebeller contre elles, à
rebours de toutes les autres traductions citées ici et de la
compréhension "intuitive" de ces vers de Shakespeare. Se pourrait-il que
l'écrivain ait commis un contresens (on n'ose y croire), ou a-t-il
délibérément entièrement réécrit ce passage ?
Et si Voltaire était le seul à avoir vu juste ?

"This famous quote comes from one of the most famous
lines from Shakespeare. Hamlet delivers this soliloquy
in Act III scene 1 and it centres on his arguments for
committing suicide in what is to him a world that only
brings him pain and sadness. The quote you have asked
about is interesting, because, as the starting line of
the poem, it examines the question of suicide as a
logical question. "To be or not to be" is basically
saying whether to live or not to live is to be preferred."

http://www.enotes.com/homework-help/why-did-hamlet-said-not-what-its-mean-hamlet-256699
Traddict
2014-03-14 05:59:56 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Lanarcam
Post by Traddict
Post by Marcus K
14 traducteurs à travers les âges
To be or not to be, that is the question
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them?
Demeure, il faut choisir et passer à l'instant
De la vie à la mort, ou de l'être au néant.
Dieux cruels ! s'il en est, éclairez mon courage.
Faut-il vieillir courbé sous la main qui m'outrage,
Supporter ou finir mon malheur et mon sort ?
Voltaire, 1734
La traduction la plus curieuse est de loin celle de Voltaire, puisqu'il
interprète apparemment "not to be" comme signifiant "cesser d'être" et
donc "se donner la mort" ("finir mon malheur et mon sort") pour mettre
fin aux avanies de l'existence plutôt que de se rebeller contre elles, à
rebours de toutes les autres traductions citées ici et de la
compréhension "intuitive" de ces vers de Shakespeare. Se pourrait-il que
l'écrivain ait commis un contresens (on n'ose y croire), ou a-t-il
délibérément entièrement réécrit ce passage ?
Et si Voltaire était le seul à avoir vu juste ?
"This famous quote comes from one of the most famous
lines from Shakespeare. Hamlet delivers this soliloquy
in Act III scene 1 and it centres on his arguments for
committing suicide in what is to him a world that only
brings him pain and sadness. The quote you have asked
about is interesting, because, as the starting line of
the poem, it examines the question of suicide as a
logical question. "To be or not to be" is basically
saying whether to live or not to live is to be preferred."
http://www.enotes.com/homework-help/why-did-hamlet-said-not-what-its-mean-hamlet-256699
La formule "To be or not the be" est en fait extrêmement ambiguë dans la
pièce, et chacun des deux termes "to be" et "not to be" peut se comprendre
de deux façons exactement opposées selon la logique même de Hamlet : si sa
rébellion contre un sort hostile doit le conduire à se suicider, ce geste
peut paradoxalement correspondre à la fois à "to be", qui serait alors
compris comme "affirmer son être" en ne subissant plus un destin hostile,
quitte à se donner la mort, ou à "not to be", qui désigne de façon plus
immédiatement compréhensible la perte de sa propre vie. Il peut donc sembler
important de conserver une traduction quasi littérale de la formule, comme
l'ont fait les treize autres traducteurs. De même le fait, toujours pour
Voltaire, de traduire "And by opposing end them" (où "them" renvoie à
"troubles") par "finir mon malheur et mon sort" fait explicitement référence
au suicide et exclut l'autre recours de Hamlet (pourtant essentiel dans le
dilemme qui se pose à lui), à savoir le meurtre de son oncle Claudius pour
venger son père. Là encore, une traduction plus proche de l'anglais était
donc peut-être préférable.
Sh.Mandrake
2014-03-14 17:25:46 UTC
Permalink
Raw Message
Le 14/03/2014 06:59, Traddict a écrit :
[...]
Post by Traddict
La formule "To be or not the be" est en fait extrêmement ambiguë dans la
pièce, et chacun des deux termes "to be" et "not to be" peut se
comprendre de deux façons exactement opposées selon la logique même de
Hamlet : si sa rébellion contre un sort hostile doit le conduire à se
suicider, ce geste peut paradoxalement correspondre à la fois à "to be",
qui serait alors compris comme "affirmer son être" en ne subissant plus
un destin hostile, quitte à se donner la mort, ou à "not to be", qui
désigne de façon plus immédiatement compréhensible la perte de sa propre
vie. Il peut donc sembler important de conserver une traduction quasi
littérale de la formule, comme l'ont fait les treize autres traducteurs.
De même le fait, toujours pour Voltaire, de traduire "And by opposing
end them" (où "them" renvoie à "troubles") par "finir mon malheur et mon
sort" fait explicitement référence au suicide et exclut l'autre recours
de Hamlet (pourtant essentiel dans le dilemme qui se pose à lui), à
savoir le meurtre de son oncle Claudius pour venger son père. Là encore,
une traduction plus proche de l'anglais était donc peut-être préférable.
Bref, la version française pourrait être d'après vous :

« Ne pas être ou être... »

Pas d'accord.
--
Hakuna matata,

Le Magicien
Traddict
2014-03-14 17:45:24 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Sh.Mandrake
[...]
Post by Traddict
La formule "To be or not the be" est en fait extrêmement ambiguë dans la
pièce, et chacun des deux termes "to be" et "not to be" peut se
comprendre de deux façons exactement opposées selon la logique même de
Hamlet : si sa rébellion contre un sort hostile doit le conduire à se
suicider, ce geste peut paradoxalement correspondre à la fois à "to be",
qui serait alors compris comme "affirmer son être" en ne subissant plus
un destin hostile, quitte à se donner la mort, ou à "not to be", qui
désigne de façon plus immédiatement compréhensible la perte de sa propre
vie. Il peut donc sembler important de conserver une traduction quasi
littérale de la formule, comme l'ont fait les treize autres traducteurs.
De même le fait, toujours pour Voltaire, de traduire "And by opposing
end them" (où "them" renvoie à "troubles") par "finir mon malheur et mon
sort" fait explicitement référence au suicide et exclut l'autre recours
de Hamlet (pourtant essentiel dans le dilemme qui se pose à lui), à
savoir le meurtre de son oncle Claudius pour venger son père. Là encore,
une traduction plus proche de l'anglais était donc peut-être préférable.
« Ne pas être ou être... »
Pas d'accord.
Elle pourrait l'être... ou ne pas l'être, puisque précisément les deux
termes sont finalement interchangeables selon le point de vue adopté, cette
dualité hermétique et indépassable contribuant d'ailleurs à illustrer la
déraison qui gagne inéluctablement Hamlet dans la pièce.
Post by Sh.Mandrake
--
Hakuna matata,
Le Magicien
Sh.Mandrake
2014-03-14 16:42:15 UTC
Permalink
Raw Message
Le 13/03/2014 19:03, Traddict a écrit :
[...]
Post by Traddict
La traduction la plus curieuse est de loin celle de Voltaire, puisqu'il
interprète apparemment "not to be" comme signifiant "cesser d'être" et
donc "se donner la mort" ("finir mon malheur et mon sort") pour mettre
fin aux avanies de l'existence plutôt que de se rebeller contre elles, à
rebours de toutes les autres traductions citées ici et de la
compréhension "intuitive" de ces vers de Shakespeare. Se pourrait-il que
l'écrivain ait commis un contresens (on n'ose y croire), ou a-t-il
délibérément entièrement réécrit ce passage ?
Il faudrait, pour pouvoir en juger, connaître le degré de maîtrise
de Voltaire de la langue de Shakespeare.
Par ailleurs, il n'est pas exclu que Voltaire ait réinterprété
les vers de Shakespeare, un peu comme Baudelaire l'a fait
avec les poésies d'E. A. Poe.
--
Hakuna matata,

Le Magicien
Marcus K
2014-03-14 10:33:54 UTC
Permalink
Raw Message
En tout cas il semblerait que les traductions les plus anciennes sont les plus libres. La tendance à vouloir coller plus près du texte original, par exemple André Chouraqui dans sa traduction de la Bible, quitte à inventer de nouveaux mots dans la langue cible, serait-elle une tendance moderne ? André Markowicz, qui a retraduit l'oeuvre de Dostoïevski, a reproché aux précédents traducteurs d'avoir cherché à mettre Dostoïevski dans un moule français - comme s'il était un auteur français du XIXe siècle, alors qu'il ne fait pas partie de la même tradition littéraire que ses contemporains français - et de tempérer ainsi tout le côté un peu chaotique du style de Dostoïevski.
Sh.Mandrake
2014-03-14 17:12:01 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Marcus K
En tout cas il semblerait que les traductions les plus anciennes sont les plus libres.
Entièrement d'accord avec vous.


La tendance à vouloir coller plus près du texte original, par exemple
André Chouraqui dans sa traduction de la Bible,

quitte à inventer de nouveaux mots dans la langue cible, serait-elle une
tendance moderne ?

Probablement. Mais le style tortueux de la traduction de Chouraqui
ne rend pas hommage au texte original.


André Markowicz, qui a retraduit l'oeuvre de Dostoïevski, a reproché aux
précédents traducteurs

d'avoir cherché à mettre Dostoïevski dans un moule français - comme s'il
était un auteur français du XIXe siècle,

alors qu'il ne fait pas partie de la même tradition littéraire que ses
contemporains français -

et de tempérer ainsi tout le côté un peu chaotique du style de Dostoïevski.

Il en va de même pour les contes d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
un peu fouillis dans leur version originale et magnifiquement traduits
par quelqu'un dont je n'ai pas le nom sous la main, mais qui les a
réorganisés pour faciliter leur compréhension en français.
--
Hakuna matata,

Le Magicien
Lanarcam
2014-03-14 19:59:09 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Marcus K
En tout cas il semblerait que les traductions les plus anciennes
sont les plus libres. André Markowicz, qui a retraduit l'oeuvre
de Dostoïevski, a reproché aux précédents traducteurs d'avoir
cherché à mettre Dostoïevski dans un moule français - comme
s'il était un auteur français du XIXe siècle, alors qu'il ne
fait pas partie de la même tradition littéraire que ses
contemporains français - et de tempérer ainsi tout le côté
un peu chaotique du style de Dostoïevski.
La traduction était le fait, avant, d'auteurs talentueux
qui n'hésitaient pas à reformuler les phrases pour
transmettre un sens plus conforme à l'idée (on
peut en débattre).

Aujourd'hui, les traductions sont faites par des professionnels
qui ont le souci de transmettre le sens des mots, de
trouver des équivalents les plus exacts possibles, mais
on se heurte à ce qu'on appelle un peu pompeusement le
génie des langues ou des cultures. On ne peut pas
"comprendre" un texte traduit comme ceux qui sont écrits
dans notre langue maternelle car il nous manque tout
le contexte culturel et historique. Un livre japonais
par exemple, même bien traduit, nous restera mystérieux,
car on ne dispose pas de la culture japonaise.

Cependant, on peut trouver du plaisir à découvrir
des auteurs étrangers même si le texte parait insolite,
on y gagne en diversité en s'éloignant du contexte
culturel français.

Alors, est-ce un bien ou un mal que les traductions
soient plus proches de la langue d'origine ?
Sh.Mandrake
2014-03-17 11:50:29 UTC
Permalink
Raw Message
Le 14/03/2014 20:59, Lanarcam a écrit :
[...]
Post by Lanarcam
Alors, est-ce un bien ou un mal que les traductions
soient plus proches de la langue d'origine ?
Pour ma part, il me semble que c'est mieux.
Le traducteur ne peut pas préjuger du degré de connaissance
que le lecteur a de la culture et de la langue originale
d'un ouvrage. Autant coller le plus possible à la langue originale
et laisser le lecteur s'approcher de la culture et de la langue
originale autant qu'il le souhaite.
--
Hakuna matata,

Le Magicien
Marcus K
2014-03-19 06:25:11 UTC
Permalink
Raw Message
On Friday, March 14, 2014 8:59:09 PM UTC+1, Lanarcam wrote:

...
Post by Lanarcam
Alors, est-ce un bien ou un mal que les traductions
soient plus proches de la langue d'origine ?
Je pense qu'on ne peut pas donner une réponse générale à cette question. Si l'on adapte trop un texte on risque certes de gommer des particularités qui peuvent constituer un apport nouveau à la langue cible. Mais si l'on colle de trop près à la langue d'origine, on risque d'obtenir une traduction indigeste. Dans une traduction littéraire il s'agit donc de trouver un compromis entre ces deux tendances.
Paul Ney
2014-03-20 16:22:07 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Lanarcam
Post by Marcus K
En tout cas il semblerait que les traductions les plus anciennes
sont les plus libres. André Markowicz, qui a retraduit l'oeuvre
de Dostoïevski, a reproché aux précédents traducteurs d'avoir
cherché à mettre Dostoïevski dans un moule français - comme
s'il était un auteur français du XIXe siècle, alors qu'il ne
fait pas partie de la même tradition littéraire que ses
contemporains français - et de tempérer ainsi tout le côté
un peu chaotique du style de Dostoïevski.
La traduction était le fait, avant, d'auteurs talentueux
qui n'hésitaient pas à reformuler les phrases pour
Aujourd'hui, les traductions sont faites par des professionnels
qui ont le souci de transmettre le sens des mots, de
Alors, est-ce un bien ou un mal que les traductions
soient plus proches de la langue d'origine ?
L'art comme communication générale -- l'auteur « parle » au public, son
oeuvrage (roman, poème, tableau etc.) etant son méssage. La traduction
d'un oeuvrage littéraire devient aussi un méssage. Mais le traducteur
« parle » à un autre (!) public et il devra décider comment expliquer au
public nouveau la communication de l'auteur. 100 ans après une
traduction on aura besoin d'une nouvelle... ;-)

Salut, PY [Paul_Ney/at/t-online.de]
Lanarcam
2014-03-20 19:48:01 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Paul Ney
Post by Lanarcam
Post by Marcus K
En tout cas il semblerait que les traductions les plus anciennes
sont les plus libres. André Markowicz, qui a retraduit l'oeuvre
de Dostoïevski, a reproché aux précédents traducteurs d'avoir
cherché à mettre Dostoïevski dans un moule français - comme
s'il était un auteur français du XIXe siècle, alors qu'il ne
fait pas partie de la même tradition littéraire que ses
contemporains français - et de tempérer ainsi tout le côté
un peu chaotique du style de Dostoïevski.
La traduction était le fait, avant, d'auteurs talentueux
qui n'hésitaient pas à reformuler les phrases pour
Aujourd'hui, les traductions sont faites par des professionnels
qui ont le souci de transmettre le sens des mots, de
Alors, est-ce un bien ou un mal que les traductions
soient plus proches de la langue d'origine ?
L'art comme communication générale -- l'auteur « parle » au public, son
oeuvrage (roman, poème, tableau etc.) etant son méssage. La traduction
d'un oeuvrage littéraire devient aussi un méssage. Mais le traducteur
« parle » à un autre (!) public et il devra décider comment expliquer au
public nouveau la communication de l'auteur. 100 ans après une
traduction on aura besoin d'une nouvelle... ;-)
Tout dépend si la langue cible évolue à tel point qu'on ne
peut plus comprendre les traductions d'il y a cent ans.

On lit encore facilement les traductions d'Edgar Poe par
Baudelaire.

Tout dépend aussi des nouvelles connaissances qu'on acquiert
sur la culture source.

Une discussion en tout cas intéressante...
Sh.Mandrake
2014-03-21 10:46:10 UTC
Permalink
Raw Message
Le 20/03/2014 20:48, Lanarcam a écrit :
[...]
Post by Lanarcam
Tout dépend si la langue cible évolue à tel point qu'on ne
peut plus comprendre les traductions d'il y a cent ans.
On lit encore facilement les traductions d'Edgar Poe par
Baudelaire.
Incidemment, ce ne sont pas celles qui sont le plus proches
du texte original.
Post by Lanarcam
Tout dépend aussi des nouvelles connaissances qu'on acquiert
sur la culture source.
Ces nouvelles connaissances, le lecteur ne les a pas forcément.
Post by Lanarcam
Une discussion en tout cas intéressante...
--
À kouna matata,

Le Magicien
Marcus K
2014-03-21 07:51:18 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Paul Ney
L'art comme communication générale -- l'auteur « parle » au public, son
oeuvrage (roman, poème, tableau etc.) etant son méssage. La traduction
d'un oeuvrage littéraire devient aussi un méssage. Mais le traducteur
« parle » à un autre (!) public et il devra décider comment expliquer au
public nouveau la communication de l'auteur. 100 ans après une
traduction on aura besoin d'une nouvelle... ;-)
Salut, PY [Paul_Ney/at/t-online.de]
Sans doute qu'il y a de nombreuses traductions qui deviennent surannées, mais l'utilisation de traductions anciennes peut aussi être un avantage. Par exemple la traduction française du Don Quichotte dans la Pléiade est basée sur une traduction ancienne du XVIe siècle je crois, qui a ensuite été remaniée. Cela confère au texte une patine que pourrait difficilement donner une traduction entièrement moderne.
Paul Ney
2014-03-15 18:27:52 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Marcus K
14 traducteurs à travers les âges
To be or not to be, that is the question
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them?
Veuillez considérer même les liens suivants, pas seulement á titre
d'amusement ;-) :
http://www.linguee.com/english-french/translation/To+be+or+not+to+be.html
http://www.linguee.com/french-english/translation/To+be+or+not+to+be.html

Salut, PY [Paul_Ney/at/t-online.de]
RVG
2014-10-05 11:27:28 UTC
Permalink
Raw Message
Post by Marcus K
14 traducteurs à travers les âges
To be or not to be, that is the question
To be or not - to be: that is the question.
Orson Welles ;)
--
« Les autres continents ont des singes ; l'Europe a des Français. Ceci
compense cela.» - Arthur Schopenhauer

http://jamen.do/l/a131552
http://bluedusk.blogspot.fr/
http://soundcloud.com/rvgronoff
Loading...